▣ ARTEFACTLe Cordon ombilical enroulé
Un talisman de la naissance coupé du jeu, long de deux phrases, rangé auprès des reliques de la Flamme exaltée

Le Cordon ombilical enroulé
« Mystérieux objet circulaire étrangement déformé. Modifie l'apparence des actions du porteur. » Voilà tout le canon du Cordon ombilical enroulé, deux phrases conservées à l'entrée 6100 des tables de talismans, entre le Miroir retors d'hôte en 6090 et la Corne de l'esprit ancestral en 6110, pour un objet que le jeu livré ne place nulle part dans le monde. Un nom, cette description, et un résumé d'une ligne qui répète mot pour mot la seconde phrase, « Modifie l'apparence des actions du porteur. » : c'est tout ce qui subsiste dans les fichiers. Et la description est plus étrange encore que brève. Dans tout le texte français des objets, la formule « l'apparence des actions » n'apparaît nulle part ailleurs ; l'anglais emploie ici le mot « demeanour », le maintien, la manière de se tenir, qu'il n'emploie pour aucun autre objet du jeu. Quoi que ce cordon ait pu faire, il n'a pas été écrit pour rendre son porteur plus fort. Il a été écrit pour changer sa façon d'agir.
Le cordon ne repose pas parmi des inconnus. Son voisin immédiat, la Corne de l'esprit ancestral, enseigne que « la vie naît de la mort, et la mort est source de pouvoir ». Quelques rangs plus haut se tient le Malheur de Shabriri, « effigie troublante d'un homme dépourvu d'yeux », celui dont on raconte qu'il « aurait eu les yeux crevés pour s'être rendu coupable de calomnies, et que la Flamme exaltée aurait fini par se loger au creux de ses orbites vides ». Et le Lange sanctechair consigne l'autre grande relique de naissance du canon : « La reine aux yeux crépusculaires berce les apôtres nouveau-nés en les emmaillotant dans ce tissu. » La table des talismans livrés traite déjà de matières ombilicales : des nouveau-nés emmaillotés, de « nouveaux bourgeons » qui « poussent déjà sur les ramures du roi défunt », l'homme par qui la contamination de la Flamme exaltée a commencé. Un cordon ombilical tordu en cercle déformé appartient exactement à ce registre : les restes de la naissance, gardés comme pouvoir.
Ce qui donne au nom tout son poids, c'est que dans ce canon, la naissance est précisément ce que les Trois Doigts ont juré d'abolir. Hyetta, la chercheuse de lumière que les fichiers rebaptisent ensuite Servante de l'Augure des Doigts, interprète leur parole pour le futur Seigneur du chaos : « Jadis, toute chose faisait partie de l'Unique. Ensuite vinrent les fractures, les naissances et les âmes. Or, la Volonté suprême commit une erreur. "Faites tout disparaître avec la Flamme dorée du chaos. Jusqu'à retrouver l'Unité originelle. » Sa dernière consigne referme le cercle : « Jamais plus de fracture. Jamais plus de naissance… » Une note de marchand nomade situe le lieu où ce credo est gardé : « Au plus profond des entrailles de Leyndell réside notre maître, le seigneur des exaltés. Les Trois Doigts que nous vénérons tous. » La contamination elle-même, dit le jeu, « serait apparue avec Shabriri, l'homme le plus détesté de toute l'Histoire » ; et les marchands qui colportent cette note formaient autrefois « la florissante Grande caravane », avant que « leur clan tout entier fut rassemblé et enseveli vivant ».
Et une voix du jeu livré s'interroge à haute voix sur ce que signifie être né d'une mère : celle qui se tient entre le Sans-éclat et la flamme. De Boc le couturier, Melina dit « Parfois, je le vois pleurer », puis « Je crois que sa mère lui manque », avant de demander : « Être né d'une mère… Cela conduit-il à se comporter de la sorte ? » Elle pose la question en tant que née : « Je suis née au pied de l'Arbre-Monde. C'est ici que Mère a défini le sens de ma vie », alors qu'il lui reste à découvrir par elle-même « La raison de mon existence calcinée et désincarnée. » Elle est aussi, dans tout le canon, la défense la plus chaleureuse de la naissance contre les Trois Doigts, dont la flamme « est le chaos incarné, qui dévore aussi bien la vie que la pensée » : « La vie perdure. De nouveaux êtres voient le jour. Ne trouvez-vous pas cela magnifique ? », et, une fois de plus, « n'ignorez pas les vies et les nouveau-nés de ce monde. » Si le Sans-éclat s'empare malgré tout de la flamme, la fin du Seigneur de la Flamme exaltée se referme sur un serment adressé à ce seigneur : « Je vous trouverai, où que vous mène votre errance… Et vous ferai don de ce qui vous revient : la Mort destinée. »
À quoi servait le cordon, les fichiers se refusent à le dire, et nous devons nous y refuser aussi. Mais les textes conservés autorisent une théorie étroite, offerte comme telle. La description et la question de Melina tournent autour de la même idée par deux bouts opposés : le cordon « modifie l'apparence des actions du porteur », là où l'anglais parle du maintien, de la manière d'agir, et Melina demande si être né d'une mère « Cela conduit-il à se comporter de la sorte ? ». Dans les deux textes, la naissance est ce qui façonne la conduite. Une relique ombilicale tordue en cercle, rangée non loin du Malheur de Shabriri, dans un jeu dont la fin la plus sombre est l'abolition de la naissance elle-même : si le Cordon ombilical enroulé a été écrit pour un arc, le registre de ses deux phrases pointe vers la Flamme exaltée, l'histoire de ce seigneur dont Melina dit qu'il « n'a rien d'un véritable souverain, et n'apportera que la ruine de toute vie sur ces terres ». Voilà la théorie. La certitude est plus petite et plus étrange : quelque part, dans la fabrication de ce monde, quelqu'un a écrit un talisman de la naissance, et ce monde a été livré sans lui.
Mystérieux objet circulaire étrangement déformé. Modifie l'apparence des actions du porteur.
Corne prélevée sur l'Esprit ancestral royal. Restaure des PC pour chaque ennemi vaincu. De nouveaux bourgeons poussent déjà sur les ramures du roi défunt, chacun émettant sa propre lueur. Ainsi, la vie naît de la mort, et la mort est source de pouvoir.
Effigie troublante d'un homme dépourvu d'yeux. Les commissures de ses lèvres sont relevées, lui conférant un air presque charmeur. Suscite constamment l'agression des ennemis. On raconte que cet homme, nommé Shabriri, aurait eu les yeux crevés pour s'être rendu coupable de calomnies, et que la Flamme exaltée aurait fini par se loger au creux de ses orbites vides.
Tissu sacré des apôtres sanctechair, réalisé à partir de lambeaux de peau cousus ensemble. Les attaques successives restaurent des PV. La reine aux yeux crépusculaires berce les apôtres nouveau-nés en les emmaillotant dans ce tissu. Bientôt, ils endosseront le rôle de pourfendeur des dieux.
Être né d'une mère… Cela conduit-il à se comporter de la sorte ? Si vous ambitionnez de vous emparer de la Flamme exaltée, je vous prie d'y renoncer. Elle est le chaos incarné, qui dévore aussi bien la vie que la pensée. Bien que ce monde ne soit qu'un champ de ruines, suffoquant de tourments et de désespoir… La vie perdure. De nouveaux êtres voient le jour. La vie perdure. De nouveaux êtres voient le jour. Ne trouvez-vous pas cela magnifique ?
"Jadis, toute chose faisait partie de l'Unique." "Ensuite vinrent les fractures, les naissances et les âmes." "Or, la Volonté suprême commit une erreur." "Faites tout disparaître avec la Flamme dorée du chaos." "Jusqu'à retrouver l'Unité originelle." Jamais plus de fracture. Jamais plus de naissance… Jamais plus de fracture. Jamais plus de naissance…


